La Pastorale

  • Affiche Maurel

    La Pastorale Maurel au Château-Gombert 1924

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La pastorale provençale constitue un genre théâtral populaire dont les spécificités ont favorisé l’émergence d'autres genres locaux telles l’opérette et la revue.

La pastorale est une pièce de théâtre chantée et parlée que l’on joue en Provence pendant les fêtes de noël. Elle traite du sujet de la Nativité dans un décor provençal, dans lequel évoluent dans un anachronisme assumé des personnages bibliques et païens.
Ses origines proviennent des chants traditionnels de noël, notamment ceux de Nicolas Saboly (17ème siècle), et des crèches vivantes dont l’une des plus célèbres fut installée en 1775 à Marseille rue du Panier.

On retrouve dans les textes de Saboly les thématiques bien connues des pastorales; par exemple, l’annonce de la naissance de Jésus aux bergers, les préparatifs du voyage, les péripéties.

La première pastorale a été écrite à la fin du 18ème siècle par l’abbé Thobert, mais la plus célèbre et la plus populaire est celle de Maurel qui apparaît vers le milieu du 19ème siècle.

Antoine Maurel (1815-1897), de profession ouvrier miroitier, l’a écrite en 1842 au n°7 de la rue de Nau à Marseille. C'est là où se trouvait le siège du Cercle catholique d’Ouvriers, dirigé par l'abbé Julien et dont Maurel était membre. Sa pièce comporte cinq actes, écrits en vers provençaux à l’exception du dernier en français. L'auteur a trouvé son inspiration dans les crèches vivantes et les chants de noël pour l’écrire.

Elle raconte le pèlerinage de personnages issus du terroir provençal vers Bethléem pour célébrer la naissance de Jésus tout en y mêlant de la farce populaire.

La Maurel va servir de modèle et d’inspirations pour d’autres pastorales qui connaîtront des succès divers.

La presse locale du 19ème et du début du 20ème siècle mentionnent plusieurs lieux marseillais où la pièce de Maurel est jouée. D’abord dans des cercles catholiques: à l'Ecole des Frères de la rue d'Hozier, au Cercle de Saint-Etienne, à l'établissement de la rue Eydoux, à la crèche de la Renaissance (n°22 du Tapis-Vert).

Les salles de café-concert telles l’Alhambra, le Palais de Cristal, l’Eldorado ou les Folies marseillaises les programmaient également.

Le théâtre Chave, aujourd'hui disparu, avait pour rituel de faire jouer une pastorale entre le 25 décembre et le 2 février. Lors de cette période, il connaissait une affluence importante du public qui tenait les pastorales de ce théâtre comme un incontournable. La pastorale d’Albéric Gauthier et d’André Bestagne, surnommée la pastorale Chave, car souvent jouée dans cet établissement (pratiquement de 1862 jusqu’à la veille de la seconde guerre mondiale) et celle de Louis Foucard (1899) obtinrent un grand succès populaire et furent largement mis en avant dans la presse locale.

Paul Nougier a recensé plus de deux cent cinquante pastorales; il continue de s’en écrire encore.

Panneau retraçant l'histoire du théâtre Chave

Souvenir de Théâtre

De la Pastorale date mon premier souvenir de théâtre. C'est dans la salle Chave, en effet, que l’on me conduisit la première fois que l’on me fit voir le théâtre et c’est là que naquirent mes premières impressions de futur auteur dramatique.

J’avais cinq ans et je me rappelle encore parfaitement l’effet que produisirent sur mon petit cerveau les décors et les personnages de la Pastorale. D’abord, je fus plongé dans l’admiration par l’apparition de l’Ange, son changement de costume soudain et son envolement dans les nuages. Puis, je me serrai, vaguement effrayé, contre ma mère quand arriva le Bohémien avec son fusil à tremblon. Le Prophète avait mon estime à cause de sa belle barbe blanche.

Le Rémouleur m’amusa avec sa chanson accompagnée, en sourdine, par le cri de la meule; mais ce qui me fit lever de mon siège, dans un mouvement d’enthousiasme, ce fut la scène où le pont s’écroule et où le jeune bandit tombe dans un précipice. Ah! cette scène, elle m’empoigna tellement qu’il me fallut sucer au moins deux sous de berlingots à la rose pour me faire reprendre mes sens.

Margarido me plaisait assez. Elle avait l’air bon enfant, rieuse et bavarde et j’aurais bien voulu l’avoir pour bonne.
Voyez-vous cela!

Quant au Maire et à Barthoumiou, ils avaient tous deux toutes mes faveurs. Et dés qu’ils apparaissaient, mes petites mains applaudissaient, tandis que, arrondissant les yeux pour mieux voir, je buvais toutes leurs paroles et je refaisais inconscienment leurs moindres gestes.

Ah ! ces premières impressions, comme elles sont vivaces et quelles joies elles m’ont donné! Et dire que maintenant je les retrouve encore quand je vais voir jouer la Pastorale et que j’aperçois les petits qui battent des mains comme je le faisais et qui lancent vers le lustre leurs éclats de rire francs et sonores.

JournalLa Cigale, Hector des Adrets, Décembre 1895 - Source Gallica

  • Répertoire des pastorales provençales, Paul Nougier, Edition Roud. pich. bousq, 1963
  • Les origines de la pastorale marseillaise, Auguste Brun, Bulletin de l'Institut historique de Provence, Marseille, 1942