Gaby Deslys (1881-1920)

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La première star internationale du monde du spectacle était marseillaise: Gaby Deslys, de son vrai nom Marie Elise Gabrielle Caire est née à Marseille le 4 novembre 1881 au 63, rue de la Rotonde. Sa famille tenait une boutique de tissus rue du Tapis Vert.
Elle avait cinq frères et soeurs dont seulement deux soeurs parvinrent à l’âge adulte. A dix-huit ans elle obtient le deuxième prix de chant et le premier prix de solfège du conservatoire de Marseille dont elle était l’élève.

Gaby Deslys, photo de Foulsham et Banfield, Rotary Photographic Co Ltd En 1900, un jeune journaliste, Jean Samat, l’entraîne à Paris en lui faisant miroiter ce qu’elle avait déjà en tête: entrer dans le monde du spectacle. A Paris, elle commence en bas de l’échelle avec des petits rôles de figurante tout en suivant des cours de danse et de chant. Mais d’instinct elle sait ce qu’il lui faut faire pour avancer dans sa carrière. Elle parvient à obtenir des rôles de plus en plus importants dans des pièces et des opérettes notamment à l’Olympia, pour finalement réussir à se faire inviter en Angleterre par un britannique, George Edward, et là encore guidée par son instinct elle réussit à se faire apprécier des Anglais et acquiert rapidement une notoriété qui lui permet de gagner beaucoup d’argent, à tel point qu’elle se permet de retour en France en 1907 d’acheter un hôtel particulier. En 1908, elle est au sommet du spectacle en France en jouant au Moulin Rouge.

Elle comprend qu’il lui est désormais très facile d’évoluer dans la cour des grands. Fin 1909, elle rencontre à Paris le roi du Portugal, Manuel de Bragance. Ce dernier séduit par Gaby, devient son amant et lui offre de nombreux et magnifiques bijoux. Il est tellement épris qu’il la fait venir début 1910 au Portugal où il lui réserve un palais. Manuel II de Portugal Mais cette liaison est très mal vue et l’oblige à rentrer à Paris. Elle a alors l’occasion de retourner à Londres pour jouer dans une pièce. Et c’est là qu’elle a l’occasion de retrouver le roi du Portugal venu aux obsèques du roi d’Angleterre décédé en mai 1910. Manuel de Bragance s’est évidemment empressé de retrouver Gaby Deslys. Toujours fort épris d’elle, il l’amène à nouveau au Portugal et l’héberge secrètement dans un château. Mais d’une part, Gaby n’était pas faite pour vivre en secret et d’autre part, sa présence finissant par être découverte, elle doit quitter à nouveau le Portugal à la fin de l’été 1910. Peu après, Manuel de Bragance doit lui aussi quitter le Portugal et se réfugie en Angleterre.

Fin 1910, elle est sollicitée par le théâtre des Folies Bergère à Paris. Elle doit y jouer avec Maurice Chevalier, mais une maladie l’en empêche. En 1911, elle fait deux voyages aux Etats-Unis; un court au début de l’année, puis un deuxième plus long en septembre. Entre les deux, à Paris, elle joue au théâtre des Capucines dans la revue Le Midi Bouge qui a un très grand succès.

Lors de ce deuxième voyage aux USA c’est là qu’elle met en pratique tout ce qu’elle a appris et imaginé pour forger son personnage de grande star. Et ça marche!

Début 1912, elle quitte New York, toute auréolée de sa gloire pour revenir en Europe. Elle amène avec elle un certain Harry Pilcer, un danseur, avec lequel elle s’est liée aux Etats-Unis.

Jusqu’en 1917, elle se produit en Angleterre, en France, en Autriche et également à New York dans divers spectacles dont certains sont un triomphe. Sa fortune lui permet d’acheter un immeuble de six étages dans le XVIème à Paris.

En 1917, elle relance le Casino de Paris avec une revue Laissez les tomber avec Harry Pilcer et également son frère Murray qui est musicien et possède un Jazz Band.
C’est l’occasion d’introduire en France au cours de cette revue, les rythmes des noirs américains que l’on appelle Rag Time puis Jazz. On sait ce qu’il en est advenu depuis.

Au Casino de Paris, c’est Gaby Deslys qui inaugure la fameuse descente de l’’escalier, reprise ensuite par Mistinguett et les autres. Mais cette vie trépidante finit par imposer son prix; Gaby Deslys est fatiguée, elle doit se reposer et décide de le faire à Marseille. C’est à cette occasion qu’elle acquiert aux enchères la somptueuse villa de la Corniche (299, Corniche Kennedy) pour une somme de 500.000 F de l’époque.

Le 15 Novembre 1918, a lieu à Marseille la première de la revue Laisse-les tomber au Grand Casino des allées de Meilhan avec Gaby Deslys et les frères Pilcer. Léon Volterra, propriétaire du Casino de Paris, a entièrement rénové cette salle. Le Jazz fait son entrée à Marseille. Mais le succès n’est pas au rendez-vous, le spectacle atteint péniblement la centaine de représentations, il n’est pas assez dans l’esprit marseillais. Le public marseillais recherche plutôt ce qui ressemble à sa vie de tous les jours, et le Jazz...

Ensuite Gaby Deslys fait plusieurs voyages aux USA et en Europe pour signer des contrats et tourner dans des films. Mais la maladie la rattrape. Mi-décembre 1919, à la suite d’une grippe elle va mal et doit rentrer en clinique. Sans antibiotiques, son corps n’a plus la force de lutter contre la pleurésie qui finit par l’emporter le 11 février 1920. Elle n’a pas 40 ans. On l’enterre au cimetière Saint-Pierre non loin de la tombe d’Edmond Rostand.

Toutes les grandes stars qui l’ont suivie au cours du XXe siècle se sont inspirées d’elle.

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Cliquez sur l'imageGaby Deslys

La Parisienne, 1908


Philomène de Henri Christiné et Tout en rose de Vincent Scotto, William Burtey, Lucien Boyer (1910), source: archive.org

Jazz à Marseille : de Gaby Deslys à Claude Mckay

Source: Mativi-marseille.fr
Film réalisé par Matthieu Verdeil à partir du livre : A fond de cale, 1917/2010, un siècle de jazz à Marseille, par Gilles Suzanne et Michel Samson, avec Elisabeth Cestor (Wild project Editions, Marseille 2012)

La villa de Gaby Deslys racontée par l’historien Gabriel Chakra

Emission de LCM, 2 septembre 2010 sur Youtube

Casino de Paris - La revue Laisse-les tomber
- MM. Jacques Bousquet, Georges Arnould et Jacques-Charles.

C’est une suite de pantomimes et de ballets, un monde de petites femmes, de la volupté théâtrale, où l’étoffe et le satin furent tout à la fois prodigués et mesurés : prodigués, parce qu’ils sont partout ; mesurés, parce qu’ils ne sont jamais là où ils devraient être, je veux dire sur l'académie des actrices. Des robes qui sont des fleurs, roses et orchidées, œillets et boutons d’or, toute la flore enfin ; un escalier d’où descend un bouquet, une ribambelle, un parterre de fleurs, fleurs bleues, blanches et rouges, fleurs tricolores, fleurs de France, qui lèvent leurs jambes, mettent leurs cuisses au vent, tandis qu’au-dessus d’elles courent et éclatent des guirlandes de lumière électrique; un chapeau monumental, exhibé par Mlle Gaby Deslys, chapeau «à la tour Eiffel», chapeau qui ne passerait pas sous le portail de Notre-Dame, ni sous l’Arc-de-Triomphe, chapeau, enfin, qui a fait le trust des plumes, et que l'on ne peut embrasser d’un seul coup d’oeil, véritable pièce de musée, que Carnavalet attend et que Cluny réclame, telles sont les attractions de Laisse-les tomber.

Mais Mlle Gaby Deslys ne fait point que porter un chapeau extraordinaire : elle danse. Dans les bras d’un acteur solide, M. Harry Pilcer, elle se réfugie, se blottit; ce beau gars la prend par la taille, la soulève, la soupèse, la lance en l’air comme s’il jouait avec une toupie, la rattrape au vol, la tourne, la retourne; et le fouillis de ses jupons voltigeant qui ressemblent, dans le lointain de cette salle profonde du Casino de Paris, à une blanche roue, sa jupe gonflée et renversée dévoilent le meilleur du poème charmant, humain, palpable et sensible qui fleurit dans la tiédeur de son intimité. M. Magnard imite Mlle Spinelly. Mlle Maud Amy est une aimable chanteuse d'opérette. Mlles Lauvain, Dilzac, Georgette Lhéry, Sonia, Mac-Mahon, Cécile Carrey, Smith, Holland, Marzac, Vuillermoz, etc., sont fort agréables à contempler, faute de mieux.

René Wisner, JournalLe Carnet de la semaine : gazette illustrée, littéraire, politique, économique et satirique, 23 décembre 1917, Source Gallica

Une danseuse

Les obsèques de Gaby Deslys Elle dansait. Elle avait des grands yeux d’un bleu léger, d’un bleu tendre. Elle avait une toute petite tête fine, capricieuse et volontaire. Ses cheveux, très blonds, étaient comme de la lumière.
Elle dansait. Comme on dit, elle avait réussi. Elle vivait dans une atmosphère de publicité tapageuse et vaine. Ses chapeaux étaient des événements, ses bijoux des légendes, ses danses des émerveillements.

Elle voltigeait, toujours plus jolie, toujours plus fêtée, toujours plus riche, entre Londres et Paris et New York. Et chaque jour on contait sur elle de nouvelles histoires, fantaisistes ou cruelles.

Elle était la vedette, l’étoile - la danseuse,
- Ah! faisait-on avec lassitude. Ah! cette Gaby Deslys!... Ah! ses chapeaux, ses colliers de perles, son bluff!...
On ne songeait point que c’était là le métier - et le théâtre. Et l’on jetait sur elle des rosseries et des mots...

Voici que la petite danseuse, soudain, stupéfia par sa mort ceux qu’elle n'avait étonnés, jusqu’ici, que par ses robes et ses sketches. La petite danseuse, après six mois d’agonie et de tourments, meurt comme une sainte, dans une clinique. La divette heureuse, choyée, gâtée, adorée, a vu venir la fin tragique de toutes les belles choses de ce monde, de toutes les danses, de tous les succès, de toutes les richesses, de toutes les aventures...

Devant le mal, devant la douleur - puis devant le visage sombre de la Mort - elle a su garder toute sa grâce, toute sa beauté, toute sa jeunesse. Et elle s’en est allée comme si une dernière fois elle saluait le public, son public, avec un joli sourire, avec un éclat suprême dans ses immenses yeux de poupée parisienne.

Tout le monde, oui, le monde entier, connaissait Gaby Deslys...

Et voici qu’il faut dire que personne, si ce n'est quelques intimes, ne connaissait en réalité la danseuse.

Elle avait de grands yeux et des grands chapeaux. Mais on découvre qu’elle avait un petit coeur plus grand encore que ses beaux yeux et ses beaux chapeaux...

Quand elle sut qu’elle ne danserait plus jamais, elle fit, doucement:
- Au moins, j’aurais dansé pour les pauvres...
Quand elle sut qu’elle allait partir pour le pays où l’on n’emporte rien, abandonner ses bonheurs, ses biens, ses bijoux, ses fleurs, elle fit:
- Mon bonheur est fini, mais mon bonheur ne sera pas perdu. Il ira un peu à ceux qui ont trop de malheurs...
Et la petite danseuse, sans oublier les siens, qu’elle aimait tendrement, laisse toute sa fortune, tous ses bijoux, toutes ses richesses aux pauvres gens de Marseille.
Marseille, c’était sa ville, et elle avait dans les prunelles un peu du ciel de son pays...

C’est ainsi que s’est effacée, soudain, l’étoile dont le nom seul était flamboyant et rayonnait sur l’Europe et les Amériques. Elle s’est effacée de ce monde avec douceur, avec discrétion, avec piété, avec bonté. Son dernier sourire, sa dernière pensée auront été pour ceux qui ne la virent jamais danser. - pour les orphelins, pour les veuves, pour tous ceux qui sont malheureux... La petite danseuse a songé à tous ceux qui dansent devant le buffet.

Il va falloir maintenant que les échotiers laissent dormir en paix la divette aux yeux clos. S’ils veulent encore parler d’elle, il faudra du moins qu’ils changent de ton. La divette nous lègue à tous, en effet, autre chose qu’un souvenir léger et charmant, - un exemple de simple bonté...

Maurice Prax, JournalLe Petit Parisien, 15 février 1920, Source Gallica

Source image: Les obsèques de Gaby Deslys - la foule à Notre-Dame des Grâces, [photographie de presse] / Agence Meurisse, Gallica

  • Source des images qui accompagnent l'article consacré à Gaby Deslys:
    • - Miss Gaby Deslys, Rotary Photographic Co Ltd, photographiée par Foulsham et Banfield - Source: oldukphotos.com
    • - Le roi Manuel II, George Grantham Bain Collection (Library of Congress), 13 janvier 1910 - Source: Wikipedia
  • Jean-Jacques Sirkis, Les Années Deslys, éditions Jeanne Laffitte, Marseille, 1990 ISBN 2-86276-210-5.
  • Gardiner, James, Gaby Deslys: A Fatal Attraction, Sidgwick et Jackson Ltd, 1986 ISBN 0-283-99398-7.
  • Jacques Charles, De Gaby Deslys à Mistinguett, Gallimard, Paris, 1932.