Château des Fleurs (1848-1880)

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A l’automne 1848 s’ouvrait à Marseille l’un des plus grands parcs d’attraction de France et certainement le plus original puisqu’il comprenait un hippodrome pouvant contenir près de 6.000 personnes. Ce parc d’attraction couvrait une surface de près de 13 hectares et se trouvait dans le quartier St Giniez jouxtant le rond-point et l’avenue du Prado.

Ce parc était l’aboutissement d’un projet échafaudé en 1847 et a donné lieu pour sa construction à d’énormes travaux. Mais finalement ces derniers ont été menés tambour battant puisqu’il a fallu guère plus d’un an pour les terminer. Leur ampleur et leur coût ont nécessité la constitution d’une société par actions afin de drainer le maximum d’argent. Le résultat fut absolument magnifique. Si les premiers actionnaires faisaient partie de la bourgeoisie marseillaise, par la suite le projet draina jusqu’à 2.000 actionnaires, probablement attirés par la gratuité offerte à ces derniers.

Le Château des Fleurs, puisqu’il a été nommé ainsi, est devenu le lieu incontournable des marseillais qui désiraient passer une journée au grand air tout en pouvant assister à toute une gamme d'attractions, de spectacles variés, de courses de chevaux de toutes sortes (attelés à des chars, chevaux montés à cru, avec cavalier équilibriste, etc ...), de stands de jeux très divers comme dans les fêtes votives actuelles, des dompteurs de fauves et des corridas dans l’hippodrome. Le soir, on avait droit à de splendides feux d’artifice. Sur le plan d’eau évoluaient quatre embarcations dans un décor arboré magnifique et sur lesquelles, le soir, se produisaient des effets de lumière féeriques.

Une grande salle de bal avec un orchestre qui comprenait jusqu’à trente musiciens faisait face à une salle de café-restaurant avec des cabinets particuliers et qui s’étendait sur une magnifique terrasse. Des congrès et des expositions y étaient organisés. Des airs d’opéra, d’opérettes, des chansonnettes, des ballets, des sketches en provençal y trouvaient également leur place. On pouvait passer son dimanche au Château des Fleurs sans s’ennuyer une seule minute.

Malheureusement le déclin du Château des Fleurs commença avec la faillite de la société, puis du changement mis en place par les successeurs qui commencèrent en 1868 à supprimer l’hippodrome (lequel, il faut le dire, subissait la concurrence de plus grands hippodromes construits à ce moment là), puis la suppression du café concert. En 1879 une tentative pour redonner un élan au parc fut mise en place mais malheureusement sans gros succès. La clientèle n’était plus ce qu’elle avait été, des personnes de milieux peu recommandables se mirent à fréquenter le parc, principalement dans les soirées, faisant fuir la clientèle traditionnelle.
Finalement le Château des Fleurs ne fut plus qu’un lieu où l’on venait organiser des mariages et des banquets et ses activités finirent par se réduire progressivement comme une peau de chagrin.

Illustration d'une fête organisée au Château des Fleurs par Crapelet, 1866 Programme du Château des Fleurs du dimanche 13 juillet 1862

Le Château des Fleurs se trouvait à proximité du quartier de Saint-Giniez entre le rond-point et l’avenue du Prado

Château des Fleurs - Revue d'Automne

La saison d'automne a été fertile en artistes pour le Château des Fleurs. Le public a été on ne peut plus satisfait de tous ceux qui ont paru devant lui; jamais on avait vu dans cet établissement un personnel artistique aussi bien composé. M. et Mme Félix, comme romanciers, ont été applaudis et rappelés chaque fois par le public. Les morceaux chantés par ces deux artistes étaient de nos meilleurs auteurs lyriques, et, nous devons le dire, ils n'auraient pas été mieux interprétés sur nos théâtres. M. Félix , baryton, est bon méthodiste, sans affectation dans les gestes et peut, sans prétention, être proclamé artiste.

Mme Félix mérite aussi les éloges de tous les mélodistes; sa voix de soprano est forte et soutenue, d'une justesse, extraordinaire; ses roulades s'échappent de sa poitrine comme un torrent de perles dont le choc bruit agréablement à l'oreille.

Passons maintenant à MM. Chéri et Revertégat, ces deux désopilants chanteurs comiques :

M. Chéri, dans ses parodies, est unique; le public n'a rencontré en lui qu'une vieille connaissance qu'il revoit toujours avec un nouveau plaisir. M. Revertégat, avec ses chansonnettes provençales , ferait dérider les amateurs du fatalisme. Pierre Bellot et Bénédit ont un excellent interprète de leurs poésies et de leurs œuvres.

Il est regrettable que Mlle Clémentine, cette chanteuse charmante, n'ait paru qu'une seule fois au Château des Fleurs ; nous avons la ferme conviction que le public l'eût mieux appréciée si elle eût donné plusieurs concerts.

Il est fâcheux pour les fidèles du Château que les fleurs et les artistes disparaissent avec la saison. La fraîcheur des soirées fait déserter des allées ces brillantes toilettes que jadis on rencontrait par myriades. Nous espérons que l'année prochaine tout renaîtra de nouveau avec le printemps et les fleurs.

A. Lacroix, journalL'Artiste Méridional, 16 novembre 1856. Source [en ligne]: Gallica

Les souvenirs de Paulus

Le Château des Fleurs est un immense parc dans l’Avenue du Prado où tiennent à l’aise dix mille personnes, et c’est plein les dimanches et jour fériés. Il n’y a pas à dire, mon nom est déjà connu, la Renommée l’a apporté aux oreilles des Phocéens. On attendait donc beaucoup de moi, on fut satisfait puisqu’on me le prouva. Et les battoirs marseillais ont une sonorité particulière; on dirait qu’ils ont l’assent.

Dès lors je fus consacré étoile; je suis retourné bien souvent depuis à Marseille et ma popularité n’a fait qu’y grandir. Oh! la dernière représentation! J’en ai gardé un souvenir orgueilleux.
Dès huit heures du soir, le Château des Fleurs était envahi. À neuf heures, un service de police dut barrer les entrées: tout était comble. L’impatience de m’entendre une dernière fois produisait une bruyante effervescence chez le public. Mon entrée en scène fut saluée par des acclamations qui firent que je me surpassai, chantant dix chansons de suite. Et encore on me fit bisser Le rossignol n'a pas encor chanté.

Le lendemain, les journaux me comblèrent d’éloges et évaluèrent la recette à dix mille francs. C’était exagéré, car, dans les bousculades qui s’étaient produites à l’entrée, le contrôle n’avait pu bien fonctionner et beaucoup d’amateurs s’étaient régalés du concert à l’œil. Mais la recette fut encore fort belle puisque, pour ma part, on me versa 2.500 francs, - joli denier que, certes! je n’espérais pas.

Le lendemain, je bouclai mes malles pour Paris. Plusieurs de mes admirateurs tinrent à me reconduire à la gare où j’en trouvai un autre, plus enthousiaste encore et employé aux bagages, qui me dit, confidentiellement, et tout troublé sans doute de parler à ma personne : - Môssieu Paulusss! si vous avez des antécédents de bagages, comptez sur moi... hé!

  • Pierre Echinard, Marseille au quotidien, chroniques du 19ème siècle, Edisud, Aix-en-Provence, 1991
  • Causes de la décadence des théâtres à Marseille. Le Casino, l'Alcazar, le Château des fleurs.
    Réponse à la brochure : Question d'avenir publiée dans l'intérêt des cafés-chantants, Collectif, Imprimerie Vial, Marseille, 1859
    - Texte intégral sur Gallica